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Jeux Olympiques Londres 2012 : Escrime, entre quoi et pourquoi

 

« Depuis les JO de Rome de 1960, on n’avait jamais vu ça !! » Le Parisien

« Le fiasco historique de l’équipe de France d’escrime » 20min.fr

« Les bleus reviennent bredouilles » Eurosport.com

Tout a été dit, tout a été évoqué, le 0 pointé comme le disent certains médias a fait tremblé l’escrime Française et les déchirures se succèdent en fond de lutte de pouvoir. Dans les bureaux, dans les vestiaires, sur la piste, chacun jette ses impressions et tente de trouver l’explication, le pourquoi… Si vous vous attendez, en lisant ce billet, à une analyse fine du « fiasco » Français, vous risquez d’être déçu, pour deux raisons :

– La première est que l’équipe odbi est bien trop éloignée de la préparation des escrimeurs Français aux Jeux Olympiques londres 2012 pour porter un jugement pertinent et avoir un diagnostic précis. De ce fait, nous ne nous sommes pas assez concentrés sur les séries pour tirer des conclusions utiles à ce sport.

– La seconde est que tous les experts, acteurs et concernés se sont livrés à des explications, toutes plus ou moins lucides que les autres, et qu’il est peut-être inutile d’en rajouter tant je pense que ce n’est pas le plus important pour activer les bons leviers et rebondir.

 
 

Un petit tour d’horizon de tous les « pourquoi » l’escrime s’est plantée aux JO

 

Jean-François Lamour (ancien ministre et double champion Olympique) : L »entraînement est insuffisant… « Il y a un problème d’entraînement et, de manière plus générale, un problème d’environnement fédéral. »

Frédéric Pietruska (président de la fédération) : Pour lui, une des raisons est l’orchestration d’une déstabilisation… « Mais ce que j’ai envie de dire, c’est que tous ceux qui participent à déstabiliser la Fédération française d’escrime ont vraiment oeuvré pour faire en sorte que ce résultat soit le plus mauvais possible. »

Brice Guyart (double champion Olympique) : Des schémas répétitifs périmés… « On a besoin d’ouverture, on a tendance à travailler en vase clos et à répéter les bonnes vieilles méthodes. L’escrime mondiale évolue. Il faut qu’on s’enrichisse de ce qui se fait ailleurs, en voyageant, en faisant des stages et en ouvrant nos entraînements. »

Eric Srecki (directeur technique national) : Une plus forte concurrence et un problème de leadership… « C’est peut-être dû à l’internationalisation de l’escrime avec plus d’individus….Au niveau des leaders, on a peut-être un creux dans les générations… »

Erwann Le Pechoux (escrimeur champion du monde et d’Europe par équipe) : Des moyens, un état d’esprit… « En 2005, on se voyait tout beau. Depuis ça ne fait que baisser. C’est vrai  que les autres nations montent, mais il y d’autres raisons. Ils ont des moyens qu’on n’a pas, un état d’esprit qu’on n’a pas ».

Difficile de se faire une opinion avec toutes ces déclarations. Comment parvenir à un diagnostic utile et perspicace, pourtant essentiel pour évoluer et ne plus commettre les mêmes erreurs, si l’on n’est pas capable de pointer du doigt ce qui n’allait pas dans ces jeux ? Effectivement, un environnement peut être déstabilisant, un manque de moyens peut limiter, un entraînement peut être insuffisant, une concurrence accrue peut augmenter la difficulté, une absence de leadership peut manquer et rester dans ses mécanismes est certainement enfermant. Mais comment savoir ce qui ne va pas, comment trouver le bon levier quand chacun exprime sa perception depuis son cadre de référence et s’attache à trouver le pourquoi ? Dans cette série des pourquoi, on peut trouver des équipes ou des athlètes qui ont performé malgré l’hostilité, le manque, la déstabilisation ou l’immaturité…Usain, avant qu’ils deviennent Bolt n’avait peut-être pas les moyens des Américains, Florent Manaudou 21 ans, n’est pas encore champion de France alors qu’il est champion Olympique en ayant éliminé son beau-frère, Frédéric Bousquet, recordman mondial du 5Om nage libre et l’Américaine Katie Ledecky, 15 ans, est devenue championne olympique du 800m nage libre !! Autant d’exemples qui peuvent contredire toutes ces explications pourtant perspicaces et certainement valables.

Alors comment porter un diagnostic juste sur cet échec ?

En formulant la question différemment. En se demandant ce qui n’a pas fonctionné plutôt que pourquoi ça n’a pas fonctionné…

 
 

Pourquoi ça n’a pas fonctionné ?

 

« Pourquoi » suscite presque systématiquement une justification selon sa position. Immanquablement, dans la suite de cette logique, on obtiendra des explications sur la compréhension du problème, sur le passé, sur les difficultés insurmontables, sur la compréhension du contexte ou sur les mauvaises options passées. Pas vraiment efficace pour avancer mais le pourquoi est bien ancré dans notre culture.

 

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Qu’est ce qui n’a pas fonctionné ?

 

Le « quoi » est immédiatement beaucoup plus constructif et permet de se concentrer sur des faits. Les faits, voilà ce qui manque dans les explications de nos experts. Certains se sont aventurés à en parler mais trop brièvement. Pourtant c’est à partir de ces constats que l’on pourra apporter des changements, des options possibles et peut-être s’ouvrir à d’autres techniques de pays étrangers, comme le suggérait Guyart, améliorer l’état d’esprit selon Le Pechoux ou encore relever les niveaux d’entraînement comme le souhaite Lamour.

Et les réponses sont beaucoup plus claires également avec cette question :

– Incapacité à réagir

– Incapacité à conserver l’avantage

– Incapacité à changer de stratégie

– Incapacité à comprendre ce qui se passe

– Incapacité à prendre du recul

– Incapacité à faire abstraction des défaites collectives

– Incapacité à inverser la dynamique des défaites

– Difficulté d’adaptation à la tactique adverse

Avec ce type de constat, les axes de progrès deviennent évidents, les options plus abondantes et le plan d’action plus stratégique. On se retrouve orienté solutions plutôt que justifications. Pas besoin du pourquoi pour savoir quoi faire… Peu importe les raisons et les explications avancées par les experts, le constat est là, dans ces lignes, dans ce que tout le monde a vu. L’orientation du travail est avant tout mental et peut-être pas que sur la piste… Et ce n’est pas Mr Christian Bauer qui me contredira (Alsacien, maître d’armes de ces pays émergents, Russie, Italie, Chine, 8 médailles en 10 ans dont 2 à Londres) :

«Les JO, c’est une compétition extrêmement facile d’un point de vue escrime mais extrêmement dure d’un point de vue mental La part du mental dans le succès selon lui ? «99,9% ! La subtilité de notre sport, c’est de faire faire au mec ce que tu veux. Quand tu as compris ça, tu peux trouver du plaisir et tu seras moins sensible à l’enjeu.»

 

Avec l’équipe odbi, on veut bien se pencher de plus près sur votre sport,

Yohann Duclos

 

Crédit Photo

 

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